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Structurer son fonctionnement pour développer sa capacité de pilotage


Quand on n'obtient pas les chiffres que l'on aimerait avoir sous la main, dirigeants et managers peuvent envisager de changer d'outil, acheter une brique de BI, ou chercher ailleurs. En réalité, la cause est souvent plus profonde, mais le changement bien plus accessible.
- L'équipe OFFICERS

Le symptôme : des équipes qui répondent, mais ne pilotent pas

La scène se décline en deux versions.

Version un : le Comex demande des chiffres — volume de demandes par entité, thématiques récurrentes, délais de traitement — et la personne en charge n'arrive pas à les sortir. Pas des chiffres faux : pas de chiffres du tout, ou des extractions bricolées qu'on n'ose pas défendre en réunion. C'était la situation d'Audika, autour de leur support interne : l'outil de reporting était en place et fonctionnel, mais rien d'exploitable n'en sortait.

Version deux : personne ne demande de chiffres, parce que tout le monde a renoncé. Chez les Laboratoires Filorga, avant restructuration, le service client B2B travaillait dans Gmail ; le service consommateurs, plus de 6 000 demandes par an, sur un outil vieillissant qui ne permettait aucune analyse. Obtenir un indicateur exigeait une double saisie permanente. « On passait notre temps à répondre aux urgences sans jamais prendre de recul », résume la responsable du service client B2B. « On savait qu'il y avait des problèmes récurrents, mais on ne pouvait ni les quantifier ni les prioriser. »

Deux contextes différents — support interne chez l'un, service client chez l'autre — mais la même impasse : des équipes cantonnées à un rôle réactif, et une entreprise qui ne peut pas agir sur les causes de ce qu'elle ne mesure pas.

 

Le faux diagnostic

Le réflexe du marché face à ce symptôme est bien rodé : l'outil est insuffisant, il faut le remplacer ou lui adjoindre une solution de BI. C'est un diagnostic confortable : il désigne un coupable externe et se règle par un achat.

C'est aussi, dans la majorité des cas que nous observons, un diagnostic faux. Un outil de reporting ne fait qu'une chose : agréger et présenter les données qu'on lui donne. Si les demandes entrantes sont mal qualifiées — thématiques fourre-tout, boîtes mail génériques, informations saisies à la main et donc saisies différemment par chacun — aucun module de reporting, aussi puissant soit-il, ne produira des chiffres exploitables.

C'est comme vouloir mesurer la consommation d'eau d'un immeuble dont la moitié des circuits ne passe pas par le compteur. Le problème n'est pas le compteur.

 

Le vrai chantier : la donnée se structure à l'entrée

Le reporting se construit au moment où la demande entre dans le système, pas au moment où on l'agrège.

Deux conditions, dans l'ordre.

Tout doit entrer dans le système. Une demande traitée par téléphone sans trace, un email dans une boîte personnelle, un problème réglé « dans le couloir » : autant de données qui n'existeront jamais. Chez Filorga, la première étape a été de centraliser tous les canaux — emails, formulaires, téléphone, réseaux sociaux — dans Zendesk. Effet secondaire immédiat : plus de 200 emails mensuels qui ne concernaient pas le service client sont désormais reroutés automatiquement vers les bons services.

Ce qui entre doit être qualifié. Chez Audika, la refonte n'a pas porté sur le reporting mais sur les formulaires : une dizaine de thématiques aux titres à rallonge a laissé place à une arborescence construite en partant des extractions qu'on voulait produire, avec identification automatique du centre demandeur. Chez Filorga, chaque demande est catégorisée par type — reporting, information générale, logistique, erreur de commande, demande comptable — et par priorité, dès l'entrée.

La méthode tient en trois questions, à poser dans cet ordre : quelles décisions voulez-vous prendre avec ces chiffres ? Quelles extractions ces décisions exigent-elles ? Et seulement ensuite : quels champs, quelles catégories, quelles captures automatiques rendent ces extractions possibles ?

Chaque champ d'un formulaire existe parce qu'une extraction en a besoin — et tout ce qui peut être capté automatiquement doit l'être, parce qu'une donnée saisie à la main finira par être fausse.

 

Ce que le pilotage rend possible

Une fois la donnée propre, les chiffres cessent d'être un exercice de reporting pour devenir un levier d'action. Trois effets, observés chez les deux entreprises.

Traiter les causes plutôt que les symptômes. En analysant ses cinq principales typologies de demandes, Filorga a pu agir de manière ciblée, pour automatiser et libérer du temps d'agent Chez Audika, même mécanique : un centre qui remonte trois fois le même problème se voit dans les dashboards, et le problème se règle une fois, à la source. « Ce qui a changé, c'est qu'on ne devine plus, on sait », résume la manager du service consommateurs de Filorga.

Anticiper au lieu de subir. L'historique consolidé permet à Filorga de prévoir les besoins en ressources lors des lancements produit et des pics saisonniers — là où le dimensionnement se faisait au jugé. Les verbatims clients recueillis via les enquêtes de satisfaction jouent le rôle de signal d'alerte : une transition ratée vers un nouveau distributeur en Espagne a été détectée et corrigée grâce aux retours consolidés.

Rendre le service visible — et défendable. C'est l'effet le moins attendu et peut-être le plus structurant. Une équipe support sans chiffres est une équipe invisible, perçue comme un centre de coûts. Avec des données factuelles, on documente des demandes d'amélioration auprès du marketing, du développement produit ou de la formation. On peut présenter au Comex, chiffres à l'appui, ce qui dysfonctionnait cas par cas — dans les mots d'un technicien de l'équipe, « c'était comme remplacer une loupe par un microscope ». Dans les deux cas, le service cesse d'être une boîte aux lettres pour devenir une source d'enseignements que le reste de l'entreprise utilise.

 

Ce qu'il faut en retenir

Avant d'investir dans un outil de reporting ou une solution de BI, une question à trancher : est-ce que les données dont vous avez besoin entrent proprement dans votre système aujourd'hui — toutes, et correctement qualifiées ?

Si oui, un chantier reporting a du sens. Si non — c'est le cas le plus fréquent — l'investissement en BI ne fera qu'agréger plus vite des données inexploitables. Le chantier utile est en amont, dans la centralisation et la qualification des demandes. Il est moins spectaculaire qu'un nouveau dashboard.

C'est lui qui rend le dashboard possible — et c'est lui qui transforme un service qui répond en un service qui pilote.

 


Cet article s'appuie sur deux projets accompagnés par OFFICERS : la refonte du support interne d'Audika (650 centres, 1 500 utilisateurs Zendesk) et la structuration du service client des Laboratoires Filorga (B2B et consommateurs) sur Zendesk.

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